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Je n’avais pas besoin de toi. Tu ne me connaissais pas. Tu mangeais une fraise assise au pied d’un arbre. Il était 15 : 34. L’été n’a pas d’heure, seulement un lever et un coucher de couleurs. Tu avais des cheveux bruns et des sourcils définis permettant au vert de tes yeux de s’étendre, sans retenue dans ton iris. Tu n’avais pas besoin de moi. Je ne te connaissais pas. Un long chapeau laissait de fins cheveux blonds s’agripper au vent que l’été souffle pour rafraîchir les nuits. Il était 18 : 30. L’été n’a pas de début ni de fin, seulement quelques saisons entre les levers et les couchers aux traits de pastel. On s’est donné rendez-vous un mercredi. J’avais peur. J’ai dormi les yeux ouverts pour mieux imaginer tes mains et la continuité du ciel dans tes yeux bleus pâle. Nous étions sur un toit. Le jeudi, il y a toujours une violoniste qui s’efforce de ralentir le temps pour les cœurs qui ne savent plus suivre un rythme normal. Je t’ai regardé. Tu m’as souri. Les mots que nous voulions dire se précipitaient. Nous avons décidé de laisser le silence combler les espaces. J’ai pris ta main et nous avons marché. Je t’écrivais tous les jours. Et tu m’appelais tous les soirs à la même heure. Nous n’avions rien à nous dire, mais nos discussions s’étalaient sur des heures. Tu m’obligeais à rester moi-même et j’insistais pour que tu gardes certains de tes secrets. On partait à vélo découvrir les recoins perdus. On dansait sur nos chansons et l’on faisait développer les images de nos voyages. On regardait les films de Woody et l’on s’endormait entrelacé parce que la table, le salon, la voiture et les salles de cinéma l’après-midi s’apprêtent toujours à un élan d’amour. Je ne sais plus de quelle couleur sont tes cheveux. Tu es sortie hier. Je passerai plus tard comme d’habitude. Tu vas voir tes amies. Je sors. Je commente une photo. Tu regardes mes messages. Tu changes de chansons. Je me fâche. L’été de mes 17 ans a commencé lorsque je t’ai vu manger une fraise assise au pied d’un arbre et il s’est terminé brusquement un matin d’automne lorsque le vent a tenu pour acqui les feuilles des arbres et moi la couleur de tes cheveux.

11 : 55

 

Mars 2015