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Tu as appris à un certain moment que les « si » mangeaient les « rais » et depuis ça vient te chercher profondément quand quelqu’un fait cette erreur. Tes sources principales d’informations sont des articles publiés sur les médias sociaux, tes acquis académiques, ce que papa t’a dit, quelques interviews à RDI ou TLMEP et des rubriques dans les quotidiens francophones. On t’a fait lire le Petit Prince, mais tu ne te souviens que du mouton. Tu es convaincu que l’amour peut faire pousser un nénuphar dans ton corps puisque Boris t’a accompagné durant ton cégep et tes premières fois. Tu as eu une mauvaise expérience avec un Arabe dans le métro, avec un noir au bar ou un Espagnol qui texte ta blonde. Tu as déjà partagé une photo qui incite à voyager pour vivre et encourage à tout laisser tomber une fois dans ta vie pour prendre un risque et sortir de ta zone de confort. Tu as sûrement déjà passé beaucoup de temps à parler de ce qui ne va pas chez quelqu’un avec tes amis, sans jamais l’adresser à la personne concernée. Tu es conscient que l’information que tu reçois est filtrée et représente une perspective favorisant les intérêts d’un groupe, mais ça te va. Tu as déjà refusé de laisser partir quelqu’un par crainte de perdre ton emprise ou ta routine. On t’a déjà emprunté ton cœur pour te le remettre un peu plus amoché. Tu as déjà blâmé l’autre pour tes décisions. Tu aimes le chocolat, les framboises et le son de la pluie au réveil. Ton ventre, ton nez, tes sourcils ou tes jambes te dérangent. Tu aimes les souvenirs qu’on filtre pour augmenter l’éclairage, diminuer les reflets et ajouter de l’ombrage. Tu as peur de mourir, mais encore plus de vivre selon tes rêves et tes convictions. Tu as appris que l’université, travailler fort et avoir une bonne carrière augmente tes chances d’atteindre un certain niveau social. Tu aurais aimé être médecin parce que personne ne souhaite voir son enfant couper des cheveux pour manger. Tu pleures parce que tu es épuisé. Tu pleures pour vivre. Tu es influençable parce que tu es un être social. Tu as des amis avec qui tu bois, tu sors et que tu vois chaque jour en ce moment. Tu as des amis avec qui tu as vécu tes premières expériences. Tu as des amis qui t’écrivent à ton anniversaire. Et tu as des amis qui n’ont pas besoin de spécifications.

 

Je voulais t’écrire sur la crise en Syrie, sur la campagne électorale et ses enjeux, sur les femmes autochtones, sur ta peur des immigrants, sur tes généralisations, sur l’automne, sur ton implication sociale et sur la première fois que j’ai fait de la cocaïne, mais je suis épuisé. Je suis entre un vomi sur une story et une explication du pourquoi je suis tout nu sur Instagram, entre des messages textes incohérents et un texte sur l’identité québécoise, entre ma mère qui me regarde engloutir deux cultures et un souvenir d’enfance, entre une discussion sur l’évolution de la musique et pourquoi j’aime plus le rap d’aujourd’hui que Pink Floyd et 2pac, entre mes projets et mon implication sociale entre des bières au Siboire, trop de choses et entre rien en même temps. L’important ce n’est pas ce que tu choisiras le 19, mais ce que tu choisiras de faire tous les autres jours de l’année pour défendre ce en quoi tu crois. Parce que c’est un peu ridicule de demander à certaines personnes de défendre tes intérêts sans agir puisque tu te dis que tu n’as pas d’impact et que tu dois préparer ta prochaine photo dans un café. C’est comme ces gens qui demandent aux autres de les aimer puisqu’ils ont oublié comment faire.

 

C’est lourd… Comme mes mots, comme un « si » avec un…

 

Octobre 2015