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Ta belle-mère aurait aimé avoir une aventure avec un noir parce que ton père n’a jamais vraiment su la satisfaire autrement qu’avec des fleurs et un missionnaire maladroit (c’est déjà quelques orchidées et un mélange de roses de plus qu’avec ta mère), toi tu trouves que ça ferait de beaux enfants métis et peut-être qu’ils auraient tes yeux clairs (assis-toi et relis tes notes de cours sur les gènes dominants) et ta sœur elle, elle a fuck the whole squad parce qu’elle a grandi sans frontières dans sa tête, en écoutant Kendrick et en montrant un peu ses seins sur Instagram sous du « streetwear ».

Cette semaine, j’avais le mandat de définir à quel moment dans une relation sexuelle, tu considères avoir fait l’amour. Est-ce que c’est lors du coït vaginal, lors de l’orgasme d’un des partenaires, toutes ces réponses, autres ou aucune de ces réponses. Évidemment lorsque la question a été présentée au conseil d’administration composé uniquement d’homme hétérosexuel la réponse fut simple et évidente : lors de la pénétration vaginale. Je dis « simple » et « évidente » parce que la sexualité se vit beaucoup au travers de ses amis. Est-ce que c’est normal ? Est-ce que tu as déjà essayé ça ? Donc, c’est plus simple de savoir si tu l’as baisée en faisant référence à la pénétration, parce que sinon comment tu définirais ça en ?

J’ai appris plus sur le corps de la femme en l’observant et en l’écoutant qu’en le pénétrant. Ça semble évident comme affirmation, mais ce n’est pas le cas. On a grandi dans un contexte où la pénétration est le point culminant et tout le reste est un peu flou. Dans un contexte où ton partenaire (même le plus féministe de tous) est un peu mal à l’aise d’entendre que tu as eu 20 pénis dans ton vagin ou que tu préfères avaler du sperme au fait de mettre une banane un peu trop mûre dans ta bouche. Dans un contexte où les gens sont incapables de faire la séparation entre la nudité et la sexualité. Tu vas probablement me diagnostiquer un semblant de besoin d’attention ou je ne sais quel autre truc que tu as lu un sur ton feed entre un article sur la sortie du nouvel album de Drake (29 avril), les problèmes financiers de Kanye et l’improbable candidature de Trump, mais moi j’adore le corps. De tes seins en passant par tes fesses, mais surtout tes fesses. J’aime le corps, vraiment. De tes muscles en passant par tes articulations. J’adore voir un corps en mouvement, au repos, mais surtout m’imaginer ce que les vêtements transportent avec eux. Par contre vois-tu dans ma fascination, il n’est jamais question de sexualité. Parce que pour moi le corps est avant tout une sculpture, une locomotive, un écosystème, une complexité, un été, et plus encore. Le contexte a vraiment joué un rôle important sur les normes qui balisent les rapports sexuels et surtout le corps de la femme dans ces rapports sexuels. Certains affirmeront que ce n’est pas un débat à avoir sur la place publique, que la nudité ne devrait jamais être séparée de la sexualité, que la religion doit avoir un rôle plus important dans l’État comme dans la sexualité et que c’est une pratique qui doit rester dans l’intimité des gens et c’est correct aussi, mais tu peux également mettre ma graine dans ta bouche et dégager d’ici tout de suite.

Je t’écris cette réflexion décousue ce matin pour tous ces gens qui m’ont aidé à mieux comprendre comment faire l’amour sans pénétration.

– Merci à toi qui insistes toujours un peu sur ta blonde pour faire de l’anal

– Merci à toi qui m’as appris que le jus de canneberge c’était excellent pour ta flore vaginale

– Merci à toi qui m’as montré qu’on peut faire l’amour même durant tes menstruations

– Merci à toi qui m’as appris que même si l’on porte le foulard ça n’empêche en rien d’aimer la stimulation anale

– Merci à vous couple d’amis qui m’ont appris qu’on pouvait avoir des rapports sexuels rough, mais dans le respect

– Merci à toi qui t’affirmes et qui oses dire non quand tu n’es pas confortable avec une pratique

– Merci à toi couple d’amis homosexuel qui m’a appris qu’il n’y a pas que la sodomie

– Merci à toi couple d’amies homosexuel qui m’avait appris que c’est bien plus que la vie d’Adèle

– Merci à tous les pères qui font en sorte que les belles-mères m’échangent des beaux sourires

– Merci à vous qui avez fait un trip à trois

– Merci à toutes ces ruelles qui ont accueilli des débats amoureux

– Merci aux cliniques de dépistages d’ITS

– Merci à toi qui m’as appris à ne pas être dégoûté par ton poil

– Merci à toi qui m’as appris comment écouter ton corps

– Merci à tous ces sites pornographiques pour leurs gros plans sur du gros n’importe quoi

– Merci les gars pour les discussions

– Merci à toi qui es inconfortable dans son corps

– Merci à toi qui m’as aidé à comprendre ce que je faisais avec ma langue entre tes jambes

– Merci aux premières féministes pour la pilule contraceptive

– Merci à tous les ex qui ont aidé leur partenaire à découvrir leur sexualité

– Merci à tous les stéréotypes sur ma graine

– Merci à toi Riri

– Merci au fait que je sois ambidextre

– Merci aux carcasses fragiles qui détestent dormir seules

– Merci à ta sœur

– Merci au 4@7

– Merci snapchat/tinder

– Merci Lennox

– Merci aux filles de marketing

– Merci à toi qui traites les filles de chiennes parce qu’elles vivent pleinement leur sexualité

– Merci Booba

– Merci Kim pour ton sextape

– Merci à vous tous qui parlez plus de la sexualité chez les autres que de la vôtre

– Merci à toi qui as peur d’essayer de nouvelles pratiques sexuelles

– Merci à toi qui as rendu confortable ta partenaire

– Merci, Usher, pour : Yeah

Et merci à toutes les femmes qui insistent une fois de temps en temps pour faire l’amour sans penetration

 

Avril 2016