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8 h 31 :

La lumière du jour se glisse entre ces rideaux. Ma tête est mal. Je suis nu.

Mes yeux s’ouvrent sur cette journée, pendant que ma mémoire se noie avec mon foie.

Une filtration d’images, quelques souvenirs d’hier, une chambre inconnue. Sa chambre à elle.

Ma vision est trouble. La brume du matin. Nécessaire. Elle dort encore.

 

8 h 40 :

J’atteins mes lunettes. Mon iPhone. Un pantalon. Je la regarde au travers de mes verres

polarisés ainsi, j’instagram le moment, ses cheveux, son dos et l’aperçu de ses seins.

Je ne sais plus… Qui ? Comment ? Où ? Pourquoi ?

 

8 h 50 :

Le plaisir. La faute. Le mensonge. J’hésite. Un départ, une note ou son visage. Qui est-elle ?

Qu’est-ce que j’ai fait ? J’attends. Je m’assois. J’observe. Un lit. Des murs. Et rien.

Un univers blanc, épuré.

 

8 h 54 :

Devant moi, une porte, un balcon. Je me lève et j’avance au son du silence.

J’observe la cour intérieure. Ce jardin d’Éden. Un courant d’air.

Un parfum.

Ses mains m’entourent.

Je fais confiance au moment, à l’incertitude et à l’amour du matin. Je ne connais pas l’endroit.

Je suppose. Je fais des liens. Je cherche mon chemin.

 

9 h 22 :

On boit un café. Elle fume. Porte ma chemise.
Trop grande pour elle, mais en parfaite harmonie avec son corps.

Elle m’explique : « J’étais sur le tabouret. Face à toi. Ton regard dans le mien. Aucun mot

ne s’est dit. On savait. Sans connaître, sans aimer, sans lendemain. On avait reconnu cet arôme, l’intensité d’une vision sombre, commune, brûlante et trop souvent refoulée ».

 

10 h :

Je quitte son automobile. Je quitte ce son lourd. Je quitte cette mélodie.

Je quitte sur un baiser, un au revoir, un doux souvenir, la beauté du moment.

“We finally cry oh and we done it because it’s right.”

Aucun échange de nom, ni d’adresse, ni de numéro.

Une entente, un pacte avec le mal, le désir, la perte.

 

J’écris l’histoire au masculin, parce qu’une fille ne peut qu’imaginer une histoire d’un soir.

Puisque seul le masculin peut, se salir en restant propre et peut s’amuser sans être souillé. Je crois au désir, à ce regard, à ces réveils et non au refoulement, à la paralysie, à l’autocensure…

 

Septembre 2012