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Comment arrive-t-on sur le tapis rouge d’Occupation Double ?

Pour comprendre, il faut remonter aux premières saisons. Je n’ai jamais été un fanatique de cette téléréalité ni du star-système, mais j’avais une certaine fascination envers cet engouement populaire, ce voyeurisme, cette quête de célébrité et tous les autres éléments qui gravitent autour des téléréalités. Je disais toujours à mon entourage que lorsque j’aurais l’âge, non seulement j’en ferais partie, mais ce serait une occasion pour moi de me sentir représenté dans ces univers médiatiques monochromes et d’y ajouter une dynamique distincte. Évidemment, chaque candidat qui participe à ce type d’émission à une motivation intrinsèque « différente ».

 

Au départ, j’étais très naïf dans ma vision du processus. C’était un défi, une occasion de voyager, de faire des rencontres, de rire, mais surtout d’utiliser cette vitrine pour promouvoir mes différents projets. Ensuite, on m’annonce officiellement que je suis sélectionné. Je suis un candidat. Je ne suis pas surpris, mais un peu sous le choc. Les gens qui me connaissent savent très bien que je suis un individu extra. Dramatique. Intense. Volubile. Ironique. Articulé. Convaincant. Dérangeant. Controversé, etc. Mais j’ai la capacité et le besoin de soulever les problématiques et aborder les sujets controversés pour provoquer des changements. Et parallèlement à cela, je suis un individu qui doit apprendre à améliorer ses relations interpersonnelles et à briser ses préconçus et ses idéaux sur les relations amoureuses. Je fais partie d’une minorité visible et j’ai un style vestimentaire marqué. J’étais donc un candidat de choix et je le savais. Par contre, j’assumais un peu moins l’impact que je pouvais avoir et encore moins mes intentions réelles. Mais en analysant les évènements des dernières heures, je crois en fin de compte que le Québec avait davantage besoin de ma présence et de celle des autres minorités de la société (et pas seulement les minorités visibles). Les gens ont besoin de comprendre, voir et entendre les autres réalités. Le Québec a besoin de davantage de femmes au pouvoir, de minorités visibles sur les conseils d’administration et de gens avec des handicaps dans les médias. Est-ce que j’ai été choqué par les propos des candidates d’occupation double ? Pas vraiment. Ce qui m’a choqué c’est la banalisation des propos et c’est là la problématique. Il n’est pas nécessaire de crier au racisme, mais il est nécessaire de

dénoncer ce genre d’habitude. On continue d’accepter l’utilisation de phrases comme « plan de nègres » sans rien dire et pire encore, en justifiant que la personne n’est pas raciste. Mais cela démontre clairement l’hostilité systémique à l’égard d’une catégorie de personne. La banalisation des propos est une chose courante dans la société québécoise : « les femmes ne savent pas conduire», «tu es belle pour une noire», «les Arabes sont (insérer l’insulte au choix)», «je ne fréquenterais jamais d’asiatique», «c’est certain qu’elle est lesbienne », etc. Le fait de ne pas les dénoncer et prendre position encourage la perpétuation des propos et la ségrégation de groupes sur notre territoire.

 

Le Québec est une terre d’accueil extraordinaire et les Québécois sont curieux, intelligents et respectueux. J’ai eu la chance de fréquenter une école primaire multiculturelle à Sherbrooke où mon meilleur ami était un Québécois francophone, ma voisine une Québécoise née en Afghanistan, ma partenaire de français une Québécoise d’origine algérienne et mon premier amour une Québécoise qui a grandi en Colombie. Les élèves pouvaient faire la différence entre un Camerounais et un Haïtien. Une élève avec un voile ou une casquette ne t’empêchait pas de partager un rouleau aux fruits avec elle.

 

Je ne m’attendais pas à ce qu’Occupation Double révolutionne les rapports sociaux entre les Québécois, mais j’avais la profonde conviction qu’un effort avait été fait pour encourager la diversité. Il faut un peu plus qu’avoir fréquenté un noir pour comprendre sa réalité et il faut un peu plus qu’avoir vu La vie d’Adèle pour comprendre la réalité des femmes marginalisées. La production de l’émission avait une opportunité de dénoncer les propos sans les censurer et de faire une sélection moins homogène des candidats et encore une fois le résultat est le même. Le changement doit cependant être fait par chacun d’entre nous en cessant de stigmatiser les minorités et tous les groupes mis à l’écart de notre société. Il faut s’ouvrir à l’autre. Avoir le désir d’apprendre et se sentir moins menacé par la différence et le changement. En terminant, la production a décidé de réagir en présentant les excuses des candidates (lol), mais je trouve que V a une part de responsabilité dès le départ lors de la sélection qui n’a pas été assumée, alors que « fraîcheur et nouveau concept » ont été promis et martelés à qui voulait l’entendre sur la nouvelle saison. La production a peut-être choisi volontairement ou non de présenter les propos pour stimuler les cotes d’écoute, mais elle se devait d’utiliser cet exemple pour ouvrir une discussion et aborder un sujet problématique et banalisé au Québec.

Le nègre éliminé sur le tapis rouge xx

 

Octobre 2017