Sélectionner une page

à lire en écoutant Higher Love de James Vincent Mc Morrow, sur repeat

 

L’été se meurt sous les nuits fraîches, en regardant le peu qui lui reste partir au vent. Une trajectoire aléatoire, un pas à la fois, les feuilles suivent le chemin du Nord pour s’éteindre.

Il marche en direction de demain. De cette façon, il oublie un peu hier et flirte avec le présent, sans penser aux conséquences du moment. Une paire de bottes, un foulard, des bas de laine et un petit veston l’accompagnent contre ce premier froid. Un froid d’automne. Sournois, imprévisible, mais incontournable. Il s’annonce sous la brume et un voile gris menaçant, pour finalement prendre son envol au gré d’un courant d’air rempli d’humidité. Une pluie fine et glaciale se laisse tomber. La gravité du moment. Et puis, à l’instant où ses mains nues et sèches ne supportent plus les caprices d’octobre, le soleil perce l’amure de cet instant sans souvenir possible, pour laisser place au sublime : « d’un simple coup de bâton, le voyageur écarte cette mer de brume ». Une éclaircie. Une lumière céleste. Elle s’immisce dans l’intimité des branches pour lui parvenir sous la forme de fragments. L’éclat naturel embellit l’état de tout ce qui l’entoure. L’arbre en plein changement devient soudainement un somptueux tableau de l’époque romantique. Les feuilles qui ornent cette romance enchantent l’image du paysage, charment les marcheurs, séduisent l’amour et inquiètent l’homme dans sa création et son imagination limité. Il sort de sa poche intérieure une paire de vieilles lunettes. Couvre ses yeux. S’émerveille. Puis, il s’immobilise. Plus un son. Il ferme ses yeux pour mieux apprécier la beauté du moment. Un tourbillon de feuilles s’anime à ses pieds, un écureuil recueille des provisions, un chien se fait promener. Un rayon d’espoir caresse sa joue et du coup réchauffe son âme, mais ses mains demeurent froides, pour s’assurer que son cœur ne s’éteigne jamais. Il sent une présence. Légère. Il n’ose pas se retourner. Elle n’ose pas s’avancer. Il tend la main. Un gant blanc la recouvre. Un gant blanc qui s’imprègne autant par sa chaleur que par son odeur. D’un commun accord, ils entament une marche. Une marche qu’on n’oublie pas. Une marche de non-retour. Une marche d’une vie. Ils ne savent pas où ils vont. L’itinéraire est secondaire, autant que les mots. Ils traversent la rue Québec. Survolent le temps. Disparaissent dans la pureté d’octobre. Plus ils avancent, plus le gant blanc glisse dans sa main. Ils ne croient pas en demain, mais le présent meurt chaque seconde pour laisser place aux regrets. Ils atteignent Dominion. Il ne reste plus qu’une page au livre et tous deux refusent de la lire. Il se tourne pour apercevoir son visage et au même moment elle se retourne pour disparaître. Il tente de la retenir, mais le mois de Cabrel lui rappelle qu’on a tort d’essayer. Sa main glisse et lui laisse le gant. Ses cheveux restent en suspens. Et puis, elle reprend son chemin seul… C’est l’automne

 

Octobre 2012