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Elle se tient debout face au vent et dos au moment. Une boucle retient cette chevelure libre de la traversée de l’Atlantique. Elle rêve en silence d’ouvrir les bras et de déployer ses voiles, destination : ailleurs. Jenny aussi demandait à dieu de la transformer en oiseau pour qu’elle puisse voler, loin, loin du moment. Elle sait que je l’observe. Et je sais que jamais je ne l’atteindrai. Elle porte l’été à merveille. Sa peau douce et basanée me rappelle nos cornets de crème glacée dégoulinants sous cette chaleur d’hier. Une jolie robe fleurie qu’elle laisse valser au gré du temps recouvre son corps, laissant sans défense ses interminables jambes. Je nous revois face aux moqueries, résistant main dans la main. Déjà, nous étions incompris. Moi, je n’y arrivais pas. Forte et accompagnée de ses deux lulus, elle me prenait la main devant tout le monde et se pavanait en sautillant comme si de rien n’était. Et puis un jour, j’ai laissé tomber sa main. Son cœur. Notre boule à la vanille. Et même nos dessins. Je l’ai laissé seule face au monde pour une partie de ballon chasser. J’ai humidifié son ciel bleu, assombri ses yeux et laissé couler sa naïveté en courant au loin vers mille chemins et un destin à mille lieues.

Les garçons ont peur de ces filles… inaccessibles, fortes et au premier amour vagabond.

 

Aout 2012